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Pourquoi pleure-t-on au cinéma ?

 
Pourquoi pleure-t-on au cinéma ?

Question saugrenue et dépendante de la sensibilité de chacun me répondrez vous. Mais dans ce cas, pourquoi grimaçons-nous quand quelqu’un tombe devant nos yeux ou pourquoi encore un bâillement se propage-t-il comme la pire des épidémies ?

 
 

Désormais certains spécialistes du comportement, certains sociologues et autres chercheurs en neurologie se penchent sur ces questions qu’ils regroupent sous le terme générique d’EMPATHIE.

C’est peut être un des secrets de l’espèce humaine que nous pourront percer en comprenant ce phénomène. Plus encore c’est un des secrets de toutes les espèces animales dites « sociales » qui nous serait révélé. Car ces types de comportements ne sont pas le monopole de notre espèce. Ils ont été observés chez des mammifères sociaux aussi différents que les suricates, les loups ou les singes bonobos. Ce ne serait pas ainsi un mécanisme spécifique à la pensée humaine, mais plutôt un mécanisme de socialisation dont les composantes hormonales et nerveuses se retrouvent dans les phénomènes de l’amour charnel, l’amour maternel ou encore l’attachement.

Mécanisme de l’empathie.

L’empathie est, d’une façon générale, basée sur la reconnaissance de quelque chose de semblable à nous, en quelqu’un d’autre. C’est la faculté de se mettre à la place de quelqu’un qui nous ressemble. Cependant cette capacité n’est pas que l’action de notre pensée ou de notre sensibilité au sens littéraire du terme, mais un mécanisme neurologique. En effet, le cerveau -le cortex préfrontal pour être précis- reproduit de façon atténuée les mouvements de la personne que nous regardons comme si nous étions en train de les faire. Bien entendu nous ne reproduisons pas physiquement ces mouvements, car le centre moteur de notre cerveau n’est pas stimulé comme lorsque nous souhaitons faire un mouvement.

Pour mettre en évidence ce mécanisme de reproduction de la réalité au sein du cerveau, des chercheurs ont connecté sur un patient la zone cérébrale de l’empathie, et la zone motrice par des électrodes externes. Ils montrèrent ensuite au patient, sur un écran de télévision les images d’une main saisissant un objet. On enregistrait, au moment où la main saisissait l’objet sur l’écran, un début d’activité électrique dans la main du patient, signe d’une tentative de mouvement. Si le film montrait une situation plus critique comme une glissade ou un choc, l’activité électrique chez le patient se faisait alors plus forte en intensité. C’est donc notre cerveau qui indépendamment de notre volonté nous fait vivre en quelque sorte les événements que nous voyons et qui l’intéresse. Bien entendu, le cerveau choisit des situations qui nous intéressent directement. Soit parce que nous pourrions les vivre, soit parce que la personne qui les vit fait partie de notre entourage ou possède quelque chose de familier.

Mais ce phénomène n’est pas uniquement cérébral et nerveux. Il trouve un écho dans le système hormonal. Ainsi dans certaines situations, notre corps libère des hormones d’apaisement et de contentement. Par exemple, lors de la tétée du nourrisson, le centre nerveux de récompense libère de l’ocytocine dans le corps de la mère, une hormone qui crée une impression de bien-être. Cette hormone, l’ocytocine et son homologue masculin la vasopressine, tiennent aussi un rôle important dans le comportement monogame ou polygame, ainsi que dans l’amour paternel. En fin de compte, l’empathie, le système nerveux de récompense et ces deux hormones sont les garants des rapports sociaux dans les espèces qui comme la notre vivent en communauté. Mais de là à limiter l’amour à des réactions chimiques et nerveuses...

Damien Lerminiaux
30/01/2006

 


Pour aller plus loin ...
 

> L’empathie, une spécificité humaine ? de Jean Decety. (Monde.fr ; 29/08/03 ).

> Le cerveau et l’amour, La Recherche n°380 Novembre 2004.


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